Bilan de l’année Cinéma 2012 – Quatrième partie

Quatrième et dernière partie de notre bilan de l’année 2012, élaboré par l’ensemble des membres de l’association. Finis les prix annexes, place aux choses sérieuses : quels ont été les dix films les plus appréciés l’année passée. Oubliez Césars, Oscars et autres babioles, la reconnaissance ultime est celle des étudiants de Sciences Po’ Lyon…

Meilleurs Films de l’année 2012

10 : The Deep Blue SeaTerence Davies (Royaume-Uni, Etats-Unis)

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Retour très remarqué du cinéaste britanique Terrence Davies, qui signe avec The Deep Blue Sea, une romance dans le Londres des années 1950 entre une femme au foyer issue d’un milieu plutôt aisé (Rachel Weisz) et son amour de jeunesse, un ancien pilote de la Royale Air Force (Tom Hiddlestone). Mélodrame classique, sensible et brillant.

9 : Take Shelter – Jeff Nichols (Etats-Unis)

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Jeff Nichols est parmi les jeunes cinéastes américains l’un des plus prometteur. Après son superbe premier film, Shotgun Stories, il renouvelle sa collaboration avec Micchael Shannon, pour ce film mettant l’Amérique face à ses paranoïas. Histoire d’un père de famille en proie à des délires schyzophrènes et craignant l’arrivée imminente de l’Apocalyse, Take Shelter a à la fois la grâce d’une mise-en-scène proche de Terrence Malick et la force d’un Shining, dans sa plongée abyssale au sein de la folie humaine.

8 : Bullhead – Michael R. Roskam (Belgique)

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Sorti très tôt dans l’année, et nommé aux Oscars dans la catégorie Meilleur Film Etranger, Bullhead a été le premier choc cinématographique de 2012. Grand film noir, aux accents Audiardiens, qui nous plonge dans les bas fonds de la mafia flamande et du trafic d’hormones de boeufs, le premier film de Michael R. Roskam prend un tournant totalement inattendu pour devenir à mi-chemin une quête identitaire et une interrogation existentielle sur la masculinité. Et il révèle le très prometteur Matthias Schoenaerts, premier rôle principal,  que l’on a retrouvé dès le mois de mai aux côtés de Marion Cottilard, dans De Rouille et d’Os.

7 : The We and the I – Michel Gondry (Etats-Unis, France)

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Juste avant la très attendue adaptation de l’Écume des Jours de Boris Vian, le réalisateur franco-américain Michel Gondry a livré une pépite sous le titre de The We and the I. Derrière ce titre énigmatique se cache un film simple, mais loin d’être simpliste. Récit d’un trajet retour en bus, le dernier avant les vacances d’été, d’un groupe d’adolescents en plein coeur du Bronx, à New York, le film est avant tout un une petite leçon de mise-en-scène : Gondry parvient à transcender le huis clos en recréant les différentes frontières sociales et culturelles, ne sortant presque jamais du bus. D’abord récit collectif qui rappelle fortement Entre les Murs de Laurent Cantet, The We and the I se transforme en récite intimiste qui, sous son apparence « cool », distille un ton plus grave et mélancolique.

6 : Laurence Anyways – Xavier Dolan (Québec)

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Laurence Anyways, du jeune québécois Xavier Dolan (23 ans seulement et déjà son troisième film après Les Amours Imaginaires et J’ai tué ma Mère) est un film fleuve – plus de 2h30 – mais d’une audace formelle et scénaristique telle qu’il marque longtemps après l’avoir vu. Histoire bouleversante d’un couple confronté à la volonté de Laurence (Melvil Poupaud, fantastique) de changer d’identité sexuelle. Jamais le film ne tombe dans le piège du récit d’expérience, mais au contraire  s’efforce à toujours se concentrer sur le regard porté sur son personnage principal, de sa femme, sa mère, ses amis et pose comme question : comment s’aimer en dehors de la norme, quelle qu’elle soit. Si Dolan conserve quelque scories maniéristes agaçantes, Laurence Anyways est d’une telle ampleur qu’il emporte tout sur son passage.

5 : Les Bêtes du Sud Sauvage – Benh Zeitlin (Etats-Unis)

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Déjà récompensé en tant que « Meilleur Premier Film », Les Bêtes du Sud Sauvage de Benh Zeitlin se hisse à la 5e place des Meilleurs films de l’année. Issu d’un projet très personnel du réalisateur, d’origine new-yorkaise mais « immigré » en Louisiane, le film est à la fois l’adaptation d’une pièce de théâtre et la mise-en-scène des observations directement sur le terrain de ces communautés marginale, réfugiés entre l’océan et le bayou. Il nous restera assurément, d’ici quelques années, ces images de la toute jeune  Quvenzhané Wallis, stupéfiante dans le rôle principale, et de son père sur son lit de mort, dans une scène absolument bouleversante.

4 : De Rouille et d’Os – Jacques Audiard (France)

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Acclamé à Cannes par la critique, mais oublié des palmarès que ce soit sur la Croisette ou aux Césars, le dernier film de Jacques Audiard, De Rouille et d’Os fut également un succès public. Adapté d’un recueil de nouvelles de l’écrivain canadien Craig Davidson, le film raconte la rencontre et la redemption de deux êtres blessés par la vie : Stéphanie (Marion Cotillard), dresseuse d’orques à Antibes, perd ses deux jambes après un accident pendant une représentation et Ali (Matthias Schoenaerts), qui survit entre petits boulots et combats de rues. La performance saisissante de Marion Cotillard, par ailleurs saluée par les membres, et la minutieuse mise-en-scène de Jacques Audiard, font de ce mélodrame, un film à la fois dur, mais chaleureux et fort , sur font de crise sociale. Audiard, comme dans ses films précédents (Un prophète, De battre mon coeur s’est arrêté ou encore Regarde les Hommes tomber) continue de questionner et de mettre à mal l’homme contemporain, tiraillé entre virilité et affectivité, et permet, comme pour Tahar Rahim, à Matthias Schoenaerts de se révéler au monde entier.

3 : Moonrise Kingdom – Wes Anderson (Etats-Unis)

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Déjà Meilleur scénario, le nouveau film du très vintage Wes Anderson (La Famille Tennenbaum, la Vie Aquatique, Fantastic Mister Fox), Moonrise Kingdom s’adjuge la troisième place de notre classement. Petite pépite de mise-en-scène faite de symtrie minutieuse et de couleurs pastel, le film est un retour dans les années 1960 afin de suivre l’itinéraire de deux gamins amoureux qui fuitent dans la nature. Une ribambelle de stars, toutes à contre-emploi (Bruce Willis, Jason Schwartzman, Edward Norton, Bill Murray, Frances McDormand, Tilda Swinton…) s’activent alors à retourner le décor pour retrouver les garnements. Quand certains y voyaient une simple sucrerie cinématographique, un peu gratuite, d’autres ont pointé la réelle profondeur des amours adolescents ainsi décrits. Le fait est, Moonrise Kingdom, servi par une BO magnifique d’Alexandre Desplat, réinventant les thèmes du compositeur Benjamin Britten, fut un des grands coups de coeur de l’année dernière.

Premiers ex-aequo

Amour – Michael Haneke (Autriche, France)

Holy MotorsLeos Carax (France)

Holy Motors, de Léos Carax bea88a3c6213c37368_am6bn9r9

Impossible à les départager. De tous les membres de l’associations qui ont voté, Amour de Michael Haneke, Palme d’Or au dernier Festival de Cannes et Holy Motors, de Leos Carax, ont été les deux films les plus cités. Pourtant à peu près tout les oppose. D’un côté, le cinéaste autrichien, réputé pour être très exigeant que ce soit dans la forme de ses films, que dans le fond – on se souvient de la radioscopie de la société allemande au début du XXe dans le Ruban Blanc entre sévère moralisme protestant et frustration des êtres et des passions, du très angoissant Caché qui replaçait la société Française face à son passé algérien refoulé, ou encore l’horrifique Funny Games, qui voyait des intrus torturer une famille de classe moyenne. Derrière ce film, il y a aussi une volonté de la part du cinéaste de poser une réflexion sur son propre cinéma, sur ce qui est montrable et ce qui ne l’est pas.  Amour montre un amour absolu, entre deux personnes au crépuscule de leur vie, joués par le couple Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, et confrontés à la maladie de l’un des deux. Certes dur, Amour est porté par une grâce, une fragilité qui trouble, qui émeut. La tendresse d’Amour tranche radicalement avec la dureté visuelle du reste de la cinématographie, mais n’est pas pour autant doux et facile. Une sorte d’oxymore cinématographique.

De l’autre côté, Holy Motors, assurément le film que l’on a vu de plus fou en 2012, et qui se range aux côtés d’autres ovnis comme Oncle Bounmee (Palme d’or 2010) qui sont sortis sur les écrans ces dernières années. Difficile, voire impossible à résumer, le dernier film de Leos Carax – Mauvais Sang, Les Amants du Pont-Neuf – narre la journée de Monsieur Oscar (Denis Lavant, peut-être le plus grand acteur français vivant), de l’aube à la nuit, un être qui voyage de vie en vie, tout à tout grand patron, meutrier, père de famille, monstre, agonisant sur son lit de mort… Holy Motors est une triple métaphore. A la fois celle de la vie du metteur en scène, qui revient sur son oeuvre, ses influences  ses échecs, notamment lors d’une séquence magnifique en haut de la Samaritaine entre Denis Lavant et Kylie Minogue, réfèrent directement aux Amants du Pont-Neuf. mais il est également une mise-en-abyme vertigineuse du cinéma, de son pouvoir enivrant, onirique, du pouvoir charismatique des acteurs, mais aussi son déclin, rongé par les dérives d’une industrie culturelle. Holy Motors est enfin une oeuvre profonde interrogeant la Condition Humaine par le prisme nietzschéen du surhomme, celui qui se tire de sa condition par le haut, par la culture, l’art, défiant même l’existence de Dieu. Tout est dans la (presque) dernière scène du film, magnifiée par la chanson de Gérard Manset, Revivre. Holy Motors est  loin, très loin d’être opaque, il est un Voyage au bout de la Nuit, une virée poétique dont on se laisse porter. On se souviendra longtemps de scènes prodigieuses comme cette entracte musicale dans Notre-Dame, ou cette plongée incroyable dans les égouts de Paris, ou Eva Mendes, habillée d’un niqab, devient un symbole de sensualités et de fantasmes. D’une folie et d’une liberté totale.

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