Un « Master-piece » à ne pas oublier pour 2013

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REALISATION et SCENARIO : Paul Thomas Anderson
PRODUCTION : The Weinstein Company
AVEC : Philip Seymour Hoffman, Joachin Pheonix, Amy Adams…
MONTAGE : Peter McNulty
PHOTOGRAPHIE : Mihai Malaimare Jr.
BANDE ORIGINALE : Jonny Greenwood
ORIGINE : Etats Unis
GENRE : Drame
DATE DE SORTIE : 9 janvier 2013
DUREE : 2h17

SYNOPSIS : Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd – « le Maître », charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, il tombe rapidement sous sa coupe…

* * *

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A l’heure où il s’agit de dresser le bilan d’une année de cinéma qui nous à donné matière à réfléchir, à écrire, on a déjà pu découvrir les classements de certaines revues de cinéma dont certains ont été publiés il y a déjà plusieurs semaines, considérant non admissible au sommet des films tels que Le Loup de Wall Street de Martin Scorcese qui sortira en salle ce mercredi de Noël, ou encore Tel Père Tel Fils de Hirokazu Koreeda. A vouloir être les premiers, certains négligeraient presque la qualité de quelques films sortis en toute fin d’année. Autre biais auquel nous pouvons nous trouver confrontés lors de la rédaction d’un classement annuel, c’est en effet de privilégier les derniers films vus, frais dans les esprits, au risque d’en oublier quelques incontournables du début d’année. Car même si les mois d’octobre-novembre on concentré les plus grands films de 2013, d’autres remontant au mois de janvier méritent d’être mis en lumière au moment même où notre association Bobinophile s’apprête elle aussi à dresser son bilan. Non, il ne s’agira pas de revenir sur le tarantinesque Django Unchained – largement distribué, largement vu et certainement même revu par certains au moment du Festival Lumière à l’honneur de Quentin Tarantino en octobre dernier à Lyon –, mais sur l’énigmatique, déstabilisant et excellent The Master, de l’incontournable réalisateur américain Paul Thomas Anderson.

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A travers son dernier film, celui-ci confirme qu’il est l’un des réalisateurs contemporain les plus fascinant, visionnaire mais aussi exigeant. Auteur de Magnolia et de Punch-Drunk Love (Ivre d’Amour) entre autres, il a été plébiscité pour son chef d’oeuvre There Will Be Blood en 2008, dans lequel il offrait à Daniel Day Lewis le plus grand rôle de sa carrière. Quand bien même The Master, au contraire du précédent, n’a pas fait l’unanimité, ce film est une nouvelle occasion pour Anderson de saisir la complexité infinie des rapports humains, entre deux personnages d’une profondeur psychologique abyssale, Freddie Quell (le grand Joachin Pheonix), ancien vétéran de la Seconde Guerre Mondiale abimé par un passé bien trouble, impulsif, imprévisible et terrifiant qui se retrouvera de façon hasardeuse sous l’aile du second personnage en question, Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman, pour sa cinquième collaboration avec le réalisateur), dirigeant d’un groupe religieux et philosophique nommé « The Cause » qui verra en lui la possibilité d’aller plus loin dans ses recherches.

Tous deux vont, accompagnés de l’épouse de Dodd (Amy Adams), parcourir la cote-est pour étendre les enseignements du mouvement. Se crée alors cette relation si particulière entre eux, une relation père-fils quasi platonique. Bien davantage fondé sur l’abstraction dans les idées que sur une véritable scientologie, la film expose les luttes opposées entre ces deux personnages, l’un enfermé dans un alcoolisme agressif et l’autre se voyant investi d’une mission de manipulation spirituelle. Et face à cet antagonisme apparent, la grande question qui traverse le film, c’est bien celle de savoir qui est ledit « Master », qui réussit à soumettre l’autre à sa volonté en quelque sorte, et à travers leurs interactions apparaissent les thèmes du contrôle de soi et le relâchement, le mysticisme religieux et la rationalité. A travers cela, on comprend l’exigence posée par Anderson.

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Comme dans There will be blood, le réalisateur offre à ses acteurs un rôle qui leur permet d’aller extrêmement loin dans leurs nuances respectives. Le duo Joaquin Pheonix – Philip Seymour Hoffman fonctionne à merveille et nous transporte au point de nous soumettre nous aussi, en tant que spectateur, à eux. On se trouve plongés dans une intensité presque hypnotisante. Les scènes les plus passionnantes sont sûrement celles des fameuses « applications » avec Freddie, séances au cours desquelles Dodd pénètre spirituellement ses patients afin qu’ils puissent se libérer d’eux-mêmes, les plans de champ/contre-champ renforçant souvent l’angoisse que peut impliquer un tel procédé. Les méthodes de Dodd, souvent dérangeantes pour les patients autant que pour les spectateurs (on se souviendra longtemps de la réplique « did you have sex with a member of your family? ») semblent, porter leurs fruits et renverser les accusations qui avaient pu lui être adressées par les protagonistes les plus rationnels et les plus « scientificisés ». Le parallèle entre la scène d’ouverture dans laquelle Freddie se masturbe dans l’océan et s’accouple avec une femme dessinées dans le sable sur une plage, et la scène finale est subtilement mené à tel point qu’on aboutit presque à un retournement de situation. Finalement, le mysticisme religieux semble perdre le caractère fanatique qu’on pouvait lui attribuer au long du film pour avoir peu à peu raison de la science : Lancaster Dodd, pour qui l’humanité doit retrouver toute son estime et pour qui chaque humain doit sortir de son état animal pour tendre vers quelque chose de plus parfait, va tout faire pour améliorer l’état de Freddie, contre tout espoir de la part de son épouse.

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Pour résumer, donc, un film dense, intense, dérangeant et – ce qui en fait toute la qualité mais peut être selon certains un défaut – complexe et exigeant à la fois dans le personnalité et la relation de ses personnages que dans la trame narrative du film et les questions philosophiques qu’il soulève. Mais tout de même, pour arriver à proposer une œuvre aussi intelligente, le « Master », c’est bien Paul Thomas Anderson, qu’on retrouvera prochainement sans bouder notre plaisir avec Vice Caché, dans lequel il retrouvera Joachin Pheonix, accompagné de Reeze Witherspoon, Owen Wilson et Benicio del Toro. Le titre est déjà évocateur…

Guillaume Perret.

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2 réflexions sur “Un « Master-piece » à ne pas oublier pour 2013

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