Hommage à Philip Seymour Hoffman

Décider du prochain film que nous allons projeter au sein de l’IEP tente souvent de se rapprocher de l’actualité cinématographique, au regard des nouvelles sorties en salle, des rétrospectives. Mais le décès de Philip Seymour Hoffman le 2 février dernier à l’âge de 46 ans, dont nous vantions récemment la performance d’acteur dans le dernier film de Paul Thomas Anderson, The Master (Lire une critique du film pour lequel l’acteur avait obtenu aux cotés de Joaquin Phoenix le prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise), nous a très rapidement inspiré pour la prochaine projection.

19627653Ayant commencé sa carrière de comédien dans un épisode de New-York, Police Judiciaire en 1991, il fait ses débuts au cinéma l’année suivante dans Le temps d’un weekend de Martin Brest, puis en 1996 dans Twister de Jan de Bont. Il sera le conseiller de Jeffrey Lebowski en 1997 dans The Big Lebowski, film culte des Frères Coen. Au cours de sa carrière, Philip Seymour Hoffman a m19040330ultiplié les collaborations avec Paul Thomas Anderson, puisqu’il joue dans cinq des six films du réalisateur : de pornophile amoureux de Mark Walhberg dans Boogie Nights (1997) au rôle du « Maître » Lancaster Dodd dans The Master (2012), charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, Philip Seymour Hoffman offre également ses talent d’acteur pour Double Mise (1996), Magnolia (1999), et Punch Drunk Love (2001). Il a aussi fait varier ses rôles, puisqu’on le connait autant pour ses rôles comiques tels que celui du Comte dans Good Morning England (2009, photo ci-contre) de Richard Curtis, personnage excentrique des années Rock’n Roll, ou encore pour sa contribution aux cotés de Tom Hanks dans La guerre selon Charlie Wilson (2007) de Mike Nichols, que pour ses contributions plus dramatiques et plus graves : on peut citer entre autres Les marches du pouvoir (2011) de George Clooney ou encore Doute (2009, photo ci-dessous) de John Patrick Shanley, dans lequel il interprète un curé soupçonné d’abuser d’un jeune paroissien. En 2010, pour la première fois, il passe de l’autre coté de la caméra et signe son premier film en tant que réalisateur, Rendez-vous l’été prochain, dans lequel il interprète le rôle principal.

doutePhilip Seymour Hoffman est devenu au fil du temps une valeur hollywoodienne sûre, qui toutefois, est davantage connu pour avoir interprété des seconds rôles (sur près d’une vingtaine de nominations au cours de sa carrière, 13 sont à replacer dans la catégorie « meilleur acteur dans un second rôle »). Mais un tournant fondamental dans sa carrière est bien sa contribution à la première réalisation de Bennett Miller, Truman Capote (on le connait plus récemment pour Le Stratège en 2011 avec Brad Pitt dans le rôle principal, au coté duquel on retrouve… Philip Seymour Hoffman !). Pour sa performance élogieuse, il obtient en 2006 non moins de six récompenses en tant que meilleur acteur, dans trois des cérémonies les plus prestigieuses du monde du cinéma : les Bafta Awards, les Golden Globes et les Oscars ! C’est donc ce film-là que nous avons choisi de projeter.

Cette projection sera l’occasion de retrouver un acteur dans sa plus belle prestation, avant de pouvoir découvrir ses films posthumes, puisque trois ont déjà été tournés par Philip Seymour Hoffman et ne sortiront pas avant l’année prochaine : Un homme très recherché, film d’espionnage20467791 d’Anton Corbijn (photo ci-contre) dans lequel il donnera la réplique à Rachel McAdams, Willem Dafoe et Robin Wright, God’s pocket de John Slattery et Hunger Games : la révolte – partie 1 de Francis Lawrence. Pour ses autres projets, notamment la série Happyish dans laquelle Hoffman y tenait le rôle principal, seul le pilote a été tourné. Quant à son second projet de réalisation, Ezekiel Moss, pour lequel il venait tout juste de caster Amy Adams et Jake Gyllenhaal, le film est de fait en « stand-by » mais il n’est pas impossible de voir ce projet repris par un autre réalisateur. De la même manière, nous pouvons nous demander comment Francis Lawrence assurera la transition vers la seconde partie de Hunger Games : la révolte sans le personnage de Plutarch Heavensbee incarné par Hoffman…

Affiche 38 - Truman CapoteConcernant la projection qui aura lieu à l’IEP très prochainement, Truman Capote raconte un épisode de la vie du personnage éponyme, auteur de Breakfast at Tiffany’s et personnalité très en vue qui, en novembre 1959, apprend dans le New York Times le meurtre de quatre membres d’une famille de fermiers du Kansas. Ce genre de fait divers n’est pas rare, mais celui-ci l’intrigue. En précurseur, il pense qu’une histoire vraie peut être aussi passionnante qu’une fiction si elle est bien racontée. Il voit là l’occasion de vérifier sa théorie et persuade le magazine The New Yorker de l’envoyer au Kansas. Il part avec une amie d’enfance, Harper Lee (interprétée par Catherine Keener). A son arrivée, son apparence et ses manières très efféminées provoquent d’abord l’hostilité de ces gens modestes qui se considèrent encore comme une part du Vieil Ouest, mais il gagne rapidement leur confiance, et notamment celle d’Alvin Dewey, l’agent du Bureau d’Investigation qui dirige l’enquête…

18883842Truman Capote n’a rien du biobic traditionnel figé dans les codes du genre. Au contraire, il ne cherche pas à relater de façon exhaustive la vie du personnage-titre, mais plutôt de saisir à l’occasion d’un fait divers – le meurtre troublant d’une famille dans l’Etat du Kansas –, la complexité, l’ambiguïté et les contradictions de Truman, personnage énigmatique, influent dont les manières très efféminées retiennent l’attention, en mettant en avant un regard inattendu à travers l’amitié qui nait entre l’écrivain et le criminel. C’est non seulement très touchant, mais aussi très fort au fur et à mesure qu’on avance dans une intrigue au cœur du débat sur la peine de mort aux Etats-Unis. C’est aussi un support intéressant pour réfléchir sur la manière de raconter et d’accorder la réalité à la fiction lorsque l’on décide d’écrire un roman sur un fait réel. On pourrait transposer la même réflexion sur le cinéma, et en cela Truman Capote est une mise en abîme de l’analyse de cette frontière entre le réel et sa représentation. Un premier film de haut niveau pour Bennett Miller, à découvrir le lundi 17 février, à 18h dans l’amphithéâtre Leclair.

Guillaume Perret.

 

Publicités

Une réflexion sur “Hommage à Philip Seymour Hoffman

  1. Pingback: Newsletter du dimanche 16 février | Bobinophile

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s