Rencontre avec les Inconnus

A l’occasion de la sortie en salle ce mercredi 12 février des Trois Frères, Le Retour, nous avons eu l’occasion de rencontrer les Inconnus, cela dit plus du tout inconnus aujourd’hui, qui nous ont fait la démonstration de l’humour qui a fait leur légende au cours d’une conférence de presse ponctuée par les rires. Plus de quinze ans après Les Trois Frères, Bernard Campan, Didier Bourdon et Pascal Legitimus sont à nouveau réunis par… leur mère ! Et il semblerait que cette fois-ci ne soit toujours pas la bonne, puisque les personnages que l’on retrouve sont manifestement restés les mêmes ! Même humour, même scénario, mêmes rebondissements à l’heure où une nouvelle génération de comédiens émerge, de quoi ravir les fans inconditionnels des Inconnus, mais peut être décevoir les autres… Comment gérer une si longue ellipse pour un groupe d’humoriste qui a marqué les années 1990 et qui cherchent à s’adapter à un nouveau contexte ? Les « trois frères » nous apportent quelques réponses…

trois frèresEst ce que vous avez éprouvé certaines difficultés pour vous remettre dans la peau de ces personnages que vous avez incarné il y a plus de 15 ans maintenant ?

Bernard Campan : Ce qui n’était pas forcément évident au départ, c’était de trouver la suite. Mais une fois qu’on a démarré, on s’est tout de suite mis d’accord sur les personnages et c’était un plaisir de les interpréter, c’était plutôt récréatif.

Est ce que le projet qui allait vous réunir tous les trois était dès le départ prévu comme une suite des Trois Frères ?

Didier Bourdon : Non, effectivement c’était autre chose.

Pascal Legitimus : Au départ on était plutôt partis sur l’idée d’un spectacle, puis en cours de réflexion Didier nous a convaincus qu’il fallait faire un film car c’est un objet plus complexe, plus chargé, c’est une industrie qui a plus d’intermédiaires, plus de financements, donc on s’est mis d’accord pour faire la suite des Trois Frères.

Didier Bourdon : Nous avions pensé à ces trois personnages et très vite nous nous sommes rendus compte que l’énergie qu’il y avait entre nous allait nous pousser vers Les Trois Frères et on voulait aussi que ça se passe en France mais à un moment donné il y avait une histoire qui se passait en Espagne et en fait dans ce cas là, on perdait un peu le but des Inconnus de parler de la crise, de ce qui nous entoure, les émissions télé, la précarité, les banques… Donc très rapidement, nous nous sommes dits qu’on allait refaire cela. Et en travaillant, nous avons réalisé que le fait qu’il y ait 16 ans d’écart est en fait un atout car cela nous permet de mettre le personnage d’une adolescente en place et à travers elle de parler d’éducation, de drogue, de responsabilités… Il a fallu du temps mais à partir du moment où nous nous sommes mis d’accord sur Les Trois Frères, nous avons ouvert le chantier. Même si bien sûr il y a eu des moments de doute.

034758Comment avez-vous trouvé le jeune actrice, Sofia Lesaffre ?

Didier Bourdon : Par casting. C’est Nathalie Chéron qui s’est occupé du casting et qui nous a trouvé cette perle. Pour les Trois Frères, il y avait deux candidates à l’arrivée, et elle l’a emporté sur la scène de la fin qu’on a testée. L’autre fille était très bien mais avait un coté déjà trop mûr, alors que Sofia avait un coté plus « bébé », les sentiments avaient du mal à s’exprimer. Ce coté là nous a décidés, d’autant plus qu’elle était rayonnante sur le tournage.

Comment vous êtes-vous répartis entre vous trois la construction du scénario et ensuite la mise en scène ?

Bernard Campan : Pascal a émis le souhait dès le départ d’être un peu plus présent dans la réalisation, mais aussi dans l’écriture. Au départ on a fouillé un peu toutes les idées ensemble, de même que l’écriture des dialogues. En tout cas on a été présents tous les trois de bout en bout sur l’élaboration de ce film. C’était important qu’on soit tous impliqués dans cette aventure car il fallait une énergie, et il ne fallait pas qu’il y ait de laissés-pour-compte. C’était important de revenir avec une bonne énergie, non seulement parce que nous sommes attendus, mais aussi parce qu’il y a une vraie angoisse pour être contenté humainement et artistiquement.

A voir le film, on a l’impression que les aventures du premier volet n’ont rien apporté aux Trois Frères, comme si c’était une suite sans vraiment être une suite. Comment pouvez-vous expliquer cela ?

Didier Bourdon : On a écrit le scénario de telle manière que ceux qui n’ont pas vu le premier film puisse rentrer dans le deuxième. Et c’est aussi l’intérêt de l’écriture de ce second volet de montrer que les personnages pensent avoir muri et changé, qu’ils n’ont rien avoir avec ce qu’ils étaient dans leurs jeunes années. Et ce qui est finalement savoureux, c’est qu’ils n’ont finalement pas changé ! Et ils sont même encore plus pathétiques qu’avant… D’ailleurs on le fait dire ouvertement par le personnage de Bernard qui dit à un moment donné à sa fille « ne t’en fais pas j’ai muri! » et sa fille est effarée de voir son père habiter dans une telle précarité…

Il y a beaucoup de scènes cultes du premier volet qui ont été reprises dans ce nouveau film. Comment avez-vous géré le fait d’insérer ces clins d’oeil sans forcément tomber dans les redites ?

Bernard Campan : Nous nous sommes rendus compte qu’en reprenant ces trois là comme nous les avions laissés au début du premier film, à savoir avec une non-volonté d’être ensemble, on voulait rester très proche du premier film, et effectivement, on s’est posé toutes ces questions, notamment autour de la scène de la MDMA, pour voir comment gérer les similitudes. Puis cela nous faisait marrer, on se disait qu’il devait y avoir une raison si justement on retrouve ces similitudes, car c’est cela la suite des Trois Frères : ils retombent dans les mêmes travers d’où cette idée qu’on prouve qu’ils sont restés au même point. Nous avons assumé ces rapprochement assez vite je pense.

Didier Bourdon : Sur le thème de la drogue, nous n’avions pas pensé à refaire une telle scène, mais en ayant inséré le personnage d’une jeune adolescente marchant sur des pentes savonneuses, côtoyant la drogue et l’argent facile, cela nous y a incité.

Pascal Legitimus : Il y avait dans la réflexion, au tout début, [attention, spoiler!] une piste sur mon personnage où, du fait que dans le premier film on ne sait rien de sa sexualité car il n’avait pas de femme, nous avions envisagé la possibilité de mon homosexualité qui aurait été révélée dans le nouveau film. Mais finalement, c’était plus intéressant d’aller sur la piste de la cougar, qui peut soulever des questions. Et puis c’est dans l’air du temps la cougar ! [rires]

031008Au delà des similitudes et des clins d’oeil vous avez repris le même fil conducteur que le premier opus en commençant chez le notaire. Est ce que c’était votre volonté de conserver ce qui a fait le succès des Trois Frères ?

Pascal Légitimus : Non ce n’était pas le fait que garder une recette qui nous a apporté du succès, et d’ailleurs le fait que les deux films soient si proches nous a aussi fait peur à un moment donné. Mais très vite, la mère qui réunit les trois frères nous semblait évidente, et on est tombés dans cette histoire qui est très proche.

Didier Bourdon : Puis il y a tout un sous-texte qui est fort. Dès le début du film, cette séance chez le notaire est un prétexte pour les personnages de se retrouver. Il y a bien un lien de famille, d’autant plus que la somme en jeu n’est pas très importante. C’était un moyen d’exister dans la confrontation et c’est cela qui nous a plu.

Dans quels médias prenez-vous le plus de plaisir à jouer ?

Didier Bourdon : Dans le média du moment. On a fait du théâtre quand on a voulu changer de champ d’écriture. On a fait de la télévision, ce qui était nouveau, à l’intérieur de laquelle on a aussi écrit des chansons… Donc on fait varier nos modes d’expression, on change de forme… Internet aujourd’hui est un outil intéressant aussi.

Justement, quel est votre rapport aujourd’hui avec des comédiens tels que Cyprien ou Norman ?

Didier Bourdon : En réalité, il s’est agit d’une demande réciproque. Pour la télévision on s’était dit qu’on pouvait solliciter des jeunes qu’on aimait bien, et on a vu que ça a très bien accroché. Donc on s’est dit pourquoi ne pas aller plus dans leur style… Internet est intéressant car cela nous permet de faire des sketches un peu plus éphémères, ça passe ou ça casse, cela peut être un buzz d’une semaine…

Et cela vous permettrait de toucher une génération plus jeune…

Didier Bourdon et Pascal Legitimus : On l’a cette génération, on l’a touchée…

Pascal Legitimus : On a récolté plus de 350 millions de vues en 10 ans, avec des sketches qui font 9 millions de vues donc on a pris conscience que les jeunes qui ne regardent pas beaucoup la télévision sont concentrés sur le web. C’est pour cela qu’on a commencé à se mettre dessus, que nous avons créé notre site. Pour nous c’est un moyen d’exister et de s’amuser. Les parents ont finalement pu assurer une forme de transmission…

On sent finalement une forme de jubilation d’avoir retrouvé le monde des Inconnus…

Didier Bourdon : Ah oui ! Mes camarades ne me contrediront pas, mais je crois qu’appartenir à un groupe aussi populaire même chez les jeunes aujourd’hui, c’est parce qu’il y a du talent, mais aussi parce qu’il y a de la chance ! Donc il faut en profiter…

578974Propos recueillis à Lyon le vendredi 7 février 2014 par Clémence Michalon et Guillaume Perret.

Merci à Guillaume Gas et Rafael Lorenzo dont certaines questions ont été reprises dans cette interview.

Images tirées de © Pan-Européennes – Pamela Duhesme

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2 réflexions sur “Rencontre avec les Inconnus

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