Rencontre avec Anne Villacèque et Karin Viard pour « Week-ends »

Week-ends. Un détraquage du quotidien – ces week-ends institués et répétitifs – dont la cause est à chercher dans la rupture entre Christine (Karin Viard), et Jean (Jacques Gamblin). L’équilibre entre les deux couples amis de presque 30 ans disparaît, les regards changent, et l’on se rend compte que sous les broutilles du quotidien, une joute verbale pour une place de parking ouvrant à titre d’exemple le film, se cache le véritable problème qu’on n’avait pas vu arriver ou que l’on avait peut être décidé d’ignorer… Dans une forme narrative qui choisit un lieu unique filmé à divers moments de l’année, Anne Villacèque capte les interrogations de la cinquantaine, cet « entre-deux âges » menaçant et déstabilisant, à travers quatre personnages emmenés par celui de Christine, la plus excessive et contrastée, interprétée par une Karin Viard qui habite un personnage contrastée sur lequel elle revient. Rencontre avec la réalisatrice Anne Villacèque dont Week-ends est le troisième long-métrage, et l’une de nos actrices françaises les plus appréciées du moment, qui ne manque ni d’humour, ni d’énergie. 68293L’histoire de votre film se passe environ sur un an et demi, comment avez-vous choisi d’insérer vos ellipses temporelles ? Le fait de jouer avec les différentes saisons était-il évident dès le départ ?

Anne Villacèque : Oui c’était l’enjeu ! D’avance je savais que je voulais ces saisons, et en même temps comme nous étions coincés par des dates de tournage très limitées, très rapides, je pensais que je n’y arriverais pas, donc pendant toute la préparation du film ça a été pour moi un objet d’inquiétudes, de réflexion, d’aménagement du plan de travail… Donc on y a toujours pensé, ça a toujours été derrière notre esprit, et à l’écriture évidemment c’est ce que nous voulions. A l’arrivée je pense qu’on a quand même réussi à faire croire à ce passage du temps.

Votre film, et en particulier lorsque entrent en jeu les ellipses, est rythmé par le Concerto de Bach. Pourquoi avoir choisi ces morceaux ?

A.V. : J’adore la musique classique, c’est une composition qui m’a toujours fait rêver et dans la musique barroque, il y a quelque chose de très tenu qui correspond bien à la tonalité du film, c’est à dire qu’on n’est pas dans le romantisme échevelé, on est dans quelque chose d’élégant, de rythmé…

Karin Viard : C’est vrai qu’alors que je peux voir la musique classique comme une pièce rapportée, ici ça me semblait aller parfaitement avec les personnages…

A.V. : Oui parce que même si la forme du film n’est pas classique, il y a un classicisme assumé dans l’écriture, par exemple sur la voix-off, et la musique classique fait signe vers cela. Puis cela donne un coté intemporel au film que j’apprécie. En plus, Concerto pour quatre pianos, il y a quatre personnages donc d’emblée je me suis dit que ça allait fonctionner. Puis Bach, il y a une rythmique qui est incroyablement cinématographique je trouve.438544

Est ce que justement le choix des weekends permettait de se focaliser plus sur un personnage que sur un autre ?

A.V. : C’était un peu l’idée. Au lieu d’être dans une histoire linéaire où l’on suivrait un seul personnage, on a choisi d’être dans un lieu unique avec cette temporalité hâchée sur plusieurs moments dans l’année, choisis presque de façon aléatoire, car on s’est dit « voyons ce qui se passe pendant ce weekend et tant pis si entre temps il s’est passé quelque chose d’important, on ne verra que ça ». Donc il y a cette forme de hasard qui entre dans l’écriture et nous nous sommes amusés autour de ça, car il faut reconstruire dans notre tête ce qui s’est passé entre-temps, pourquoi tout à coup le personnage de Karin, qui est le personnage le plus changeant, le plus explosif, le plus intéressant quelque part…

K.V. : Ah ! On le reconnaît ! [Rires]

A.V. : Evidemment ! … Le plus insaisissable du projet disons, les autres étant plus dans la continuité, cela permet justement de changer de point de vue, de faire changer les personnages d’humeur, de mettre en avant l’un ou l’autre des personnages qui n’était pas forcément au premier plan. Donc cela permet à l’intérieur de cette construction qui apparaît un peu rigide ou systématique de prendre plus de libertés par rapport à une narration plus classique où l’on suit un personnage dans une histoire, où l’on se demande quels sont les tenants et les aboutissants, quelle est sa psychologie… De toute manière on peut se dire que l’histoire n’est pas complètement finie…

K.V. : Y aura une suite ! [rires] Comptez sur moi !

A.V. : Mais ce n’est pas l’objet du film de donner toutes les explications. On comprend que le personnage joué par Jacques Gamblin n’est pas là, et moi ça me suffisait de savoir qu’il était déjà ailleurs. Après quelle est l’explication qu’on attend dans une narration classique ?

K.V. : On ne sait pas vraiment ce que mon personnage connait à propos de la relation extra-conjugale de son mari, en tout cas nous savons qu’il y a une autre personne, elle fait semblant mais elle le sait…

A.V. : Oui, il y a des détails dans le film qui obligent le spectateur à avoir une attention plus forte que dans un autre film car je pense que c’est dans ces détails là qu’on trouve les explications les plus fortes. Enfin, dans l’écriture, c’est ce qu’on a cherché à faire avec Sophie [Fillères].

Du coup, privilégiez-vous les moments creux où il se passe moins de choses marquantes – les séparations, les disputes ne sont pas montrées de façon intensive, et c’est finalement ce qui est hors-champ que vous avez choisi de montrer…

A.V. : Qu’est ce qui est en creux dans une histoire comme celle-ci, c’est la vraie question. Quel est le moment important ? Les weekends sont des moments flottants par essence, c’est à dire des moments où l’on ne travaille pas,où l’on va se promener, on rêvasse, on peut s’ennuyer un peu, et du coup ce sont des moments où l’on peut s’interroger sur sa propre vie, sur le bonheur, des des choses assez fondamentales finalement. Et pour moi, ces moments en creux sont peut être les plus importants. Que se passe-t-il quand les personnages sont à Poissy ou à Cormeilles, est ce qu’on va apprendre des choses plus fondamentales sur la séparation… Pas sûr ! […] Puis finalement quel est le couple le plus important ? Est ce c’est celui qui se sépare, ou celui qui regarde ? Lequel faut-il regarder ? Cela oblige à une forme de travail et de projection personnelle. Pourquoi je ne ferme pas les choses, c’est parce qu’avec ce film, je voulais tendre un miroir aux gens et les obliger à se positionner, à se questionner par rapport à l’histoire et à eux-mêmes. Et pour cela, il ne faut pas verrouiller l’histoire, car si on fait cela on est dans une voie confortable où l’on vous explique tout ce qu’il faut penser, mais là je vous justement que les gens se positionnent plus vers l’un, vers l’autre… Moi aussi d’ailleurs j’ai fait mon chemin dans le film en allant tour à tour vers un personnage ou vers un autre… C’est un peu cela qu’on a essayé de faire.151528

Comment interprétez vous votre usage de la voix-off ? On peut penser que ça emprunte un peu à François Truffaut…

A.V. : Oui, de toute façon je ne m’interdis aucune référence, je suis très cinéphile. Avant je détestais les voix off, maintenant ce n’est plus le cas et de plus en plus c’est vrai que Truffaut me revient alors qu’il n’a jamais été majeur pour moi. C’est quand même un cinéaste intime. Il y a quelque chose de très particulier avec Truffaut, et c’est vrai que la voix dans ses films, quand je pense à La chambre verte, à Jules et Jim… Ce sont des voix qui habitent et c’est une manière littéraire de concevoir le cinéma que j’aime beaucoup. Je ne trouve qu’on ne l’assume plus de tout alors que justement j’aime cette manière romanesque à la Truffaut, à la fois légère et profonde, avec une élégance d’écrire rare, et j’ai parfois la nostalgie de ça. D’ailleurs, le garçon qui fait la voix off est le monteur-son, je ne voulais pas que ça soit un des comédiens. Ici c’est une narrateur, moi j’aurais aimé le faire mais finalement je ne voulais pas le faire. J’ai aussi choisi une voix masculine car j’avais peur qu’en choisissant une voix féminine on court encore plus le risque de l’identifier à un personnage. Mais c’est très difficile la voix off en fait…434950

Au delà de l’analyse des couples ou de votre vision dans le film, il y a également tout une dimension axée sur le rôle des générations, entre ces deux couples, leurs enfants, et également la génération du dessus avec l’apparition de Gisèle Cazadesus, et on peut avoir l’impression que chaque génération regarde l’autre d’une certaine manière…

A.V. : En fait, j’ai l’âge de mes personnages principaux, et je me dis qu’on est dans un âge à la fois passionnant mais presque handicapant par rapport aux générations plus vieilles et plus jeunes. C’est un âge très fragile, c’est pour ça que je trouve ça passionnant de parler du couple à cet âge là. Quand j’avais trente ans je n’avais pas du tout envie d’en parler, de faire des films là dessus… Et à cinquante ans je trouve ça passionnant car il se passe quelque chose où chaque couple est un mystère, on ne sait pas trop ce qui se passe, on voit que les gens réinventent leur vie à cet âge là, et je trouvais ça incroyablement passionnant. Après, quelque part je trouve ça plus facile d’être très vieux ou très jeune [rires]. J’ai peut être tord mais c’est pour ça que la vieille dame [Gisèle Cazadesus], elle s’en fiche, rien ne l’a retient, elle n’est pas coincée par la situation, n’a pas besoin de mentir, de se protéger, et c’est une liberté formidable. Du coup dans une situation impossible où tout le monde est coincé, c’est la seule qui arrive à dire quelque chose de simple, de vrai et de tranquille sur sa propre vie. Les jeunes aussi sont dans autre chose, le personnage interprété par Iliana Zabeth que j’aime beaucoup, pour moi je voulais que ça soit un personnage très solaire, très libre…

K.V. : Moi c’est une chose qui m’a beaucoup touchée quand j’ai vu le film. Cette chose là n’est pas expliquée mais j’y ai vu une forme d’atavisme familial, et mon personnage semble avoir transmis cela à ses enfants, le fait d’être un peu raide, rigide, coincé, dingue… Et de pas être forcément très doué pour l’amour et d’en exiger beaucoup en tout cas ! Et ce que j’aime c’est que ça ne se dit pas dans le film, ça ne s’explique pas… Les blessures sont moins graves quand on est plus jeunes. Ca m’a beaucoup touchée ces différences entres les âges… Bon du coup après je me suis interrogée sur mes propres enfants… [rires]. Enfin bon qu’est ce que tu veux faire ! [Rires].

C’est finalement cela qui vous a attiré dans ce rôle, le fait que votre personnage soit le plus à fleur de peau, qui a le plus de relief dans ses réactions, qui est très excessif ?

KV : Alors ce qui m’a attiré c’est que j’ai lu le scénario et que je l’ai trouvé magnifique ! Magnifique parce que magnifiquement écrit, et c’est tout ce que j’aime ! C’est à dire que moi qui suis souvent très joyeuse, avec beaucoup de vitalité, j’adore aussi ces choses assez sombres, assez cruelles, ça ne me menace pas, ça m’intéresse profondément. Et moi aussi j’ai l’âge des personnages donc ça peut être un regard que je partage, donc j’aimais cette vision, j’aimais le procédé des weekends, j’aimais la façon dont ça alimentait une réflexion chez le personnage, et j’aimais ce personnage que je ne suis pas du tout ! En plus, on me faisait jouer une grande amoureuse que je n’ai jamais joué ! J’ai toujours joué la fille qui s’en sort, la fille qui s’prend des… Mais jamais la grande amoureuse ! Donc c’était bien, et le personnage avait une amplitude extraordinaire. Je ne pense pas me tromper en me disant que c’est l’un si ce n’est le personnage le plus difficiles que j’ai eu à interprété parce que très multiple, très fragile, en même temps un peu drôle parce que bon si t’es juste dans le dark comme ça c’est irrecevable quoi ! [rires]. Mais voilà, j’adore ce personnage… Je la trouve atroce ! [rires] Quand les gens me disent « moi elle m’émeut beaucoup », oui peut peut être mais bon elle est atroce même si je l’adore ! C’est bizarre à dire…week_ends1

Justement vous disiez qu’à des moments votre personnage peut être drôle, surement parce qu’elle a parfois un coté pathétique dans ses réactions, et cela peut être presque gênant en tant que spectateur dans le sens où, si l’on reprend l’exemple de la scène d’ouverture, cela donne un ton grave et en même temps on a envie de rigoler… Entre le rire et la gravité, on ne sait pas toujours où se placer…

A.V. : Oui bien sûr ! Moi si j’ai pensé à Karin c’est parce que c’est la seule qui pouvait jouer ce personnage en faisant le grand écart ! Je ne voulais pas en faire un personnage pathétique justement !

K.V : Oui mais en même temps elle l’est !

A.V. : Oui mais c’est autre chose car elle a une force vitale, une telle énergie… Elle veut tellement qu’au dessous de cette apparence de victime… Voilà on sent qu’il y a quelque chose qui se brise en elle et pourtant à la fin d’une scène en amis je lui fais dire « Mais de toute façon ils sont complètement cons ! », et quand elle dit ça, on sait qu’elle peut s’en sortir !

K.V. : Oui, d’une certaine façon elle ne renoncera jamais, tout comme elle n’acceptera jamais sa séparation… Et on sent vraiment cela dans la scène du train lorsqu’il la quitte, on voit bien qu’il résiste pour ne pas la regarder car s’il le fait, il peut se faire rechoper quoi ! Mais elle est… Ouais… Je l’adore ! [rires]. Ouais quand j’ai lu le scénario je n’ai pas eu l’ombre d’un doute, ça m’a énormément intéressé. Puis c’est vrai que quand t’es acteur… Bon tu ne le sens pas toujours mais parfois tu sens quand tu vas avoir beaucoup à manger ! Des fois on t’offre un rôle très flatteur mais tu sens que tu dois assumer la partie visible de l’iceberg et finalement du point de vue de l’interprétation pure ce n’est pas très intéressant, et d’autres fois c’est l’inverse… Tu sens qu’avec un « passe-moi le sel » tu vas pouvoir faire plein de trucs ! Et là c’était le cas !

A.V. : Moi quand j’écris, je ne pense pas tout de suite au casting, c’est très rare d’écrire pour quelqu’un. Mais je sentais quand même que Karin allait me convenir… On sent les choses quand on voit le parcours des comédiens, et je me souviens de la scène au cours de laquelle Karin pète les plombs dans Polisse donc après cela, c’était évident pour moi… Les comédiens qui ont cette ouverture à la fois sur le comique et le tragique sont pour moi les plus grands comédiens. Bon et en ce qui concerne les trois autres comédiens, ne les oublions pas…

K.V. : Oh… Ce n’est pas nécessaire ! [Rires].

A.V. : Ce sont aussi des comédiens qui ont cette palette là !

K.V. : Oui parce que Noémie [Lvovsky] elle est comme ça là… A côté de nounours [Ulrich Tukur] bon ils se tiennent chaud pour l’hiver et parfois elle est très drôle quand elle fait ses regards… Bon voilà elle a ça aussi, j’suis obligé de le dire ! [Rires].

Du coup le choix de ces trois autres acteurs s’est fait aussi de façon instinctive ?

A.V. : Oui là franchement j’ai pensé à quatre comédiens les uns après les autres, et les quatre ont dit oui ! C’était miraculeux ! C’est la première fois que je fais un film avec quatre comédiens connus, et après bien sûr, la question des comédiens secondaires devient aussi cruciale car personne ne peut arriver et être un peu en dessous, notamment les adolescents.440419

Karin, que pensez vous de la scène d’ouverture du film, cette folle qui vous tombe dessus pour vous « voler » votre place de parking ?

K.V. : Moi ce que j’aime beaucoup dans le film, c’est qu’on ne parle jamais de ce qu’il se passe réellement. C’est toujours un peu périphérique ce dont on parle. Et j’adore ça. Au départ, quand j’ai lu le scénario, l’entrée en matière ne commençait pas par cette scène mais finalement c’est très bien car on est directement avec ce personnage qui dit « ouuuh la chance ! » en trouvant une place de parking alors qu’en fait pas tant que ça. Puis c’est une question de place puisque cette femme va constamment chercher sa place, capter les autres en leur racontant une histoire, on sent qu’elle cherche attirer l’attention, à être intéressante, à être écoutée alors qu’elle ne l’est pas. Peut être que cette séparation va être intéressante pour elle… Moi je me suis dit, dans le fond, beaucoup de choses se sont passées, elle s’est surement rapprochée de qui elle est vraiment, elle est moins dans le regard de l’autre, notamment lors de la scène avec le brocanteur. […] On voit en tout cas quelque chose dans le personnage, elle n’est pas sûre de qui elle est, elle est justement bancale. Elle vit une situation qui n’est pas forcément très spectaculaire mais on sent déjà plein de choses dans son intimité.

A.V. : Je voulais que cette première scène mette un peu d’inquiétude dans le film, qu’on soit déjà amenés à se dire dans une telle situation, « qui a raison ? », « qui est dans son droit ? »… Finalement est ce que Christine [le personnage interprété par Karin Viard] n’exagère pas un peu ? Il y a un écart entre ce qu’on voit et ce qu’elle dit et c’est un écart qu’il y a toujours dans la vie… C’est une forme de glissement qu’on raconte pour se rassurer. Je voulais donc montrer le personnage de Karin dans une situation de perte de contrôle d’elle même et du sens du monde, puisqu’elle ne parvient pas à comprendre ce qui s’est passé ce matin là. [Spoilers] Ses amis la regardent de très loin quand elle l’explique, n’y voient pas d’intérêt, et ce que Christine ne voit pas en attendant c’est que son mari est en train de là quitter, mais elle, elle voit autre chose qui lui masque tout, donc il y a une forme d’ironie qui est réaliste, les choses essentielles on les loupe souvent… Christine loupe l’essentiel car elle n’est pas en face d’elle-même.

On vous retrouve tant dans des comédies que dans des films plus sombres, particulièrement ces derniers temps avec Lulu femme nue [de Solveigh Anspach], L’amour est une crime parfait [de Jean-Mari et Pierre Larrieu] et Week-ends…

K.V. : Oui c’est vrai que j’alterne, j’aime beaucoup les comédies efficaces qui fonctionnent, dans une salle où tout le mode rigole en même temps, où il y a une espèce de joie communicative. Et en même temps je ne peux pas me résoudre en tant que spectatrice ou en tant qu’actrice à ne faire que ça… Parce qu’au bon d’un moment, il me manque… De la profondeur, de l’ambivalence, de la cruauté, plein de choses… Et finalement, je dois reconnaître que les films majeurs sont quand même des films un peu sombres. Quand on me demande mes cinq films qui compte, je vois que c’est globalement Elephant Man [de David Lynch], Fanny et Alexandre [de Ingmar Bergman], L’enfance nue [de Maurice Pialat]… Ce sont ceux-là qui me ravagent, qui me font changer et me rendent plus intelligente… Les comédies me distrayent, j’adore ça mais c’est pas suffisant. Donc au fond ce que je vis en tant que spectatrice je ne vis aussi en tant qu’actrice. Et d’ailleurs j’aime pas cette façon de penser aujourd’hui qui est « putain vas y j’sors du bouleau j’suis creuvé c’est la crise faut que j’me détende », parce que je trouve que finalement c’est très détendant de récupérer quelque chose d’une vraie réflexion, car une mauvaise comédie ne détend pas… Au contraire ça me vide !

A.V. : C’est vrai que c’est une vraie question quand on fait un film. Moi c’est vrai que je fais des films un peu sombres mais je crois que je n’ai pas envie de faire des films qui passent comme ça… Je veux que ça résonne au moins un peu…298045

On peut penser que dans votre film il y a une vision assez pessimiste par rapport à l’évolution des personnages, aux situations des couples…

A.V. : C’est vrai que je ne suis pas une grande optimiste dans la vie mais je dis toujours « mieux vaut être un pessimiste déçu qu’un optimiste contrarié », donc je me soigne, j’imagine toujours le pire et finalement voilà… Il y a des choses dans la vie qui peuvent nous surprendre. Mais c’est vrai que j’ai cette tendance là, la noirceur m’attire beaucoup, j’aime beaucoup les films de Haneke, les films de cinéastes qui parlent de choses extrêmement dérangeantes sur l’existence donc c’est cela qui me touche, je ne vais pas inventer autre chose. Sur mes deux premiers films, j’inventais toujours des situations où ça allait vers vers le pire, certains personnages mourraient, et je me rends compte aujourd’hui que non, ce n’est pas ça qu’il faut faire, c’est beaucoup plus simple que ça. La vie elle-même est une source d’interrogation forte et suffisante pour raconter ce que je veux raconter. Donc je raconte des choses simples en essayant de jouer avec. C’est une proposition que je fais, ce n’est pas toujours évident pour les gens de l’accepter, mais sur les premières projections de Week-ends je suis heureuse de voir quand même que les gens réagissent comme je le voulais, il se projettent dans le films, ils parlent d’eux et cela m’intéresse, je trouve cela formidable.

Propos recueillis par Guillaume Perret à Lyon le mardi 11 février 2014.

Photographie : © Elodie Laval, Tendance Ouest.

Photographies tirées du film : © Haut et Court.

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