R.W. Fassbinder décrypté par Jean Douchet, à l’Institut Lumière

fassbinder-rainer-werner-1-gJean Douchet revient pour son stage annuel et a choisi cette année l’un des cinéastes allemands les plus importants et les plus prolifiques, tête de proue de la Nouvelle Vague allemande, Rainer Werner Fassbinder (1945-1982). Toutes les séances sont suivies de son analyse.

Jean Douchet, figure phare de la cinéphilie française, proche des cinéastes de la Nouvelle Vague, a activement participé au renouveau de la critique et de l’analyse cinématographique, au sein des Cahiers du cinéma. Il anime chaque semaine un rendez-vous autour du cinéma contemporain à la Cinémathèque française à Paris. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, et participe régulièrement à des éditions DVD. L’Homme cinéma de Jean Douchet, entretiens avec Joël Magny vient de paraître aux éditions Ecriture. Jean Douchet signera son ouvrage à l’occasion de ce stage.

Grâce au partenariat que nous entretenons avec l’Institut Lumière, nous proposons à tous les étudiants de Sciences Po Lyon de découvrir les quatre séances suivantes au prix spécial de seulement 4€ la séance ! A ne pas manquer, donc…Die Ehe der Maria BraunLE MARIAGE DE MARIA BRAUN

(Die Ehe der Maria Braun, All., 1978, 2h, couleur, avec Hanna Schygulla, Klaus Löwitsch, Ivan Desny) – Vendredi 28 février à 20h45

De 1943 à 1954, portrait d’une femme et d’un pays. Partis sur le front russe juste après leur mariage, Hermann est porté disparu, tandis que Maria devient entraîneuse dans un bar pour G.I.’s où elle rencontre Bill, un soldat noir…

Maria Braun est l’allégorie, fascinante et retorse, fragile et manipulatrice, en tout cas insaisissable que Fassbinder trouve à l’Allemagne d’après-guerre. Une séquence d’anthologie en dit long sur le regard que l’artiste pose sur l’histoire nationale : au marché noir, l’héroïne préfère aux classiques de la littérature allemande qui consolideraient son identité une paire de bas résille avec lesquels elle séduira les G.I.’s et subsistera, dans la luxure s’il le faut… L’Allemagne, pour se détourner coûte que coûte du monstre qu’elle a enfanté, se vend à n’importe qui, n’importe quoi. Ce n’est pas seulement là le film le plus célèbre du cinéaste, c’est par bien des aspects la matrice de son oeuvre entière. Et l’un des films les plus importants du cinéma de l’après-guerre allemand.2001688ioxe6lwo0qmh6z04p6fokzyvoloouzkwjqyzrxa4rhqhx6bc2v7wgmldvhcmicsr_7eqk9guqjkppd4fa6uw

LE DROIT DU PLUS FORT

(Faustrcht der Freiheit, All., 1974, 2h03, couleur, avec Rainer Werner Fassbinder, Peter Chatel, Karl Heinz Böhm) – Samedi 1er mars à 10h30

Franz, dit Fox, forain au chômage, drague Max, antiquaire qui va l’introduire dans la société homosexuelle bourgeoise. Franz gagne au loto et emménage avec Eugen…

Fassbinder se met lui-même en scène, avec son quasi-masochisme habituel, dans le rôle d’une victime totale des dérives inhumaines d’un système capitaliste qu’il abhorre, lui qui se revendiquait anarchiste. Les tournants mélodramatiques sont ici d’énormes ficelles par lesquelles le réalisateur ne vise qu’à mettre en relief les mécanismes affectifs et économiques. Ceux-ci, d’ailleurs, se confondent presque. Car pour Fassbinder le pessimiste, l’amour n’est jamais que le masque le plus opaque de la domination culturelle et économique de l’homme sur l’homme. Le Droit du plus fort, jusque dans son titre, est l’un des opus les plus amers et percutants du cinéaste.angst-essen-seele-auf-756970

TOUS LES AUTRES S’APPELLENT ALI

(Angst essen Seele auf, All., 1973, 1h33, couleur, avec Brigitte Mira, El Hedi Ben Salem) – Samedi 1er mars à 15h

Dans un café fréquenté par des travailleurs immigrés, Emmi, 60 ans, fait la connaissance d’Ali, un Marocain plus jeune qu’elle. Il s’installe chez elle et ils se marient. Leur union fait scandale…

Comment séduire le public allemand, le ré-attirer dans les salles qu’il a désertées à l’avènement de la TV dans les années 1960 ? Et comment, dans le même temps, lui transmette un message critique sur la société de son temps ? Fassbinder trouve la réponse à son casse-tête au tournant des années 1970 en la personne de Douglas Sirk, Allemand expatrié à Hollywood dans les années 1950, grand réalisateur de mélodrames. Remakant « Tout ce que le Ciel permet » (1955) de Sirk, Fassbinder observe avec son acuité habituelle une Allemagne qu’il estime « mal dénazifiée » mais associe à sa verve habituelle une émotion inédite chez lui. Ce film bouleversant sur l’amour, ses forces et ses faiblesses face aux démons humains, est une porte d’entrée idéale dans l’oeuvre de Fassbinder.

Pour tout connaître sur « Le mélodrame comme outil d’un cinéma politique : une radicalisation de Sirk à Fassbinder » : Douglas Sirk, un mélodrame critique à Hollywood (partie I) et Fassbinder et le mélodrame « éveillé ». secret-de-veronika-voss-05-gLE SECRET DE VERONIKA VOSS

(Die Sehnsucht der Veronika Voss, All., 1981, 1h44, N&B, avec Rosel Zech, Hilmar Thate, Cornelia Froboess) – Samedi 1er mars à 17h45

Munich, 1955. La rencontre entre Robert Krohn, chroniqueur sportif, et Veronika Voss, star de cinéma d’avant-guerre. Robert découvre qu’elle vit sous l’influence d’une femme, Dr Katz, qui l’approvisionne en morphine…

Après « Le Mariage de Maria Braun » (1978) et « Lola, une Femme allemande » (1981), « Le Secret de Veronika Voss » clôt une trilogie sur l’histoire allemande post-Seconde Guerre mondiale racontée à travers de flamboyants portraits de femmes. Film le plus étrange et amer des trois, tourné en un superbe noir & blanc, ce dernier volet re-décline dans le milieu du cinéma l’obsession fondamentale de l’oeuvre fassbinderienne : le rapport dominant-dominé. Le cinéaste remporte enfin, en février 1982, l’Ours d’Or de la Berlinale où il avait présenté, 13 ans plus tôt, son premier long-métrage. Quatre mois après, il succombe à l’âge de 37 ans aux excès d’une vie qui aura constamment cherché à se transcender par l’art.

Un heureux hasard veut que Le secret de Veronika Voss soit projeté à l’Institut Lumière la veille d’un film auquel il renvoie par bien des aspects : Boulevard du Crépuscule de Billy Wilder, à voir à 18h en séance unique au Comoedia le dimanche 2 mars, dans le cadre des projos Ciné Collection du GRAC.

Gustave Shaïmi et Guillaume Perret

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