César 2014, la lente digestion

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Fin 2013, comme chaque année à l’heure des bilans cinématographiques, la question s’est posée : « Comment va le cinéma français? ». Baisse générale de la fréquentation, part du cinéma français en chute, si côté industrie le constat semblait négatif on pouvait en revanche être optimiste sur la question, non moins importante, de l’art. Un oscar du meilleur film étranger pour Amour, une palme d’or pour La Vie d’Adèle, un succès international pour Le Passé : le cinéma français n’a pas perdu son mérite culturel. Il a de plus montré une belle capacité à se renouveler avec des premiers films prometteurs (Les rencontres d’après-minuit, La Bataille de Solferino) ou des seconds (Suzanne) qui ont confirmé le talent de leur réalisateur qui viennent se placer au côté de réalisateurs installés qui encore une fois n’en ont pas démenti. Bref, cette année offrait un réel potentiel à la 39ème cérémonie des Césars qui n’a pourtant pas su en user.

21053873_20131030102745021« Le triomphe de Gillaume Galienne », si les César de l’année dernière se résumaient à un film, ils se résume cette année à un nom. Les garçons et Guillaume, à table! a remporté cinq trophées dont le césar du meilleur premier film et du meilleur film. Sur ce point, on ne peut définitivement pas reprocher à l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma de ne pas promouvoir les nouveaux réalisateurs, pour la cinquième fois, le meilleur film est de nouveau un premier film. A ces prix s’ajoutent d’autres et pas des moindres : Meilleur acteur, Meilleure adaptation et Meilleur montage. Large succès donc pour cet acteur-auteur complet, mais succès qui reste aberrant. Le jury a toutefois, judicieusement, modéré cette consécration en attribuant le César du meilleur réalisateur à Roman Polanski pour La Vénus à la Fourrure. Des nominés, Polanski est sans doute celui à la carrière la plus riche mais, comme Polanski lui-même, on peut être surpris de le voir une quatrième fois sacré meilleur réalisateur pour ce film, surtout à la vue des autres nominés. la-venus-a-la-fourrureCes autres nominés qui aurait mérité plus, justement quels sont-ils? Le grand oublié (boycotté?) est incontestablement Abdellatif Kechiche, d’ailleurs parmi les grands absents de la cérémonie. Le grand film de l’année 2013 ne s’est vu remettre qu’un seul césar, l’évident et au combien mérité, césar du meilleur espoir féminin pour Adèle Exarchopoulos (tellement mérité qu’on s’interroge : un premier film peut être meilleur film mais un espoir féminin ne peut être meilleur actrice?). Une palme d’or mais pas de César du meilleur film, la Vie d’Adèle n’aura pas déroger à cette 21052670_20131024165306776équation pour les français primés à Cannes, dont la seule exception aura été Amour l’année dernière. Alors sanction des méthodes du réalisateur? A la place du prix qui lui revenait, il a d’ailleurs eu droit à un sketch, à limite de l’acceptable, sur ses méthodes de travail tyranniques. C’est vrai que sur ce point on a pas assister à un conflit entre le réalisateur du « meilleur film » de l’année (Guillaume Galienne) et son acteur principal (Guillaume Galienne). Assimilation de ce film sur la passion à un film purement militant? Quoiqu’il en soit, le résultat est le même, on a récompensé ce soir-là, la version personnalisée d’un cinéma comique national qui domine le box office. Une autre comédie s’est démarquée, Neuf mois ferme d’Albert Dupontel qui a cumulé deux prix, le Meilleur scénario original et Meilleure actrice pour Sandrine Kiberlain, excellente actrice par ailleurs. La victoire de Les garçons et guillaume à table n’est peut-être pas un vote contre Kéchiche mais au moins le choix d’un consensus un peu facile.

21045684_20131001154043507Le jury aura aussi manqué d’audace en ne saluant pas la mise en scène minimaliste et l’art de la découpe d’Alain Giraudie dans son chef d’œuvre L’Inconnu du Lac. Seul le jeu, d’une belle simplicité, de Pierre Deladonchamps a été gratifié avec le César du meilleur espoir masculin. En délaissant l’Inconnu du Lac et La Vie d’Adèle, cette cérémonie des César est tout simplement passé à côté des deux démarches les plus singulières du cinéma français en 2013.
Autre surprise du côté étranger : le petit belge Felix Van Groenigen aura battu les grands, en remportant le césar du meilleur film étranger pour Alabama Monroe. La démarche est louable, mais ce film se montre un peu mineur par rapport aux films de Cuaron, Tarantino ou Sorrentino, réalisateurs certes reconnus.

Et sinon ? Une cérémonie bien sage tenue par une Cécile de France un peu à côté et qui manquait de grands moments d’humour, si ce n’est le sketch de Pierre Niney façon « Casting(s) ». Cependant dans ce triste spectacle s’est quand même immiscé un moment d’émotion : Adèle Haenel remerciant « Céline… parce que je l’aime » lors de la remise de son César de la meilleur actrice dans un second rôle pour sa prestation dans Suzanne.

Emma Ladet

 

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