Semaine de la cinéphilie – Pass VOD « Sous les toits de Paris » de René Clair

Bobinophile profite de sa Semaine de la cinéphilie pour vous faire gagner 10 pass VOD grâce à notre partenariat Universciné. Nous avons choisi de vous proposer cette fois-ci Sous les toits de Paris de René Clair (1930), un film recommandé par Henri Langlois et qui sera projeté à la cinémathèque lors de la rétrospective qui lui est consacrée à partir d’avril prochain.

Pour tenter de gagner, répondez à la question suivante par mail à bobinophile@gmail.com avant mardi: Dans quelle salle mythique eut lieu la première du film ?

Under the Roofs of Paris (Sous les Toits de Paris, 1930),« Quand on aime, c’est vraiment charmant ! »

Film profondément musical, Sous les toits de Paris établit son mouvement à partir de la chanson du même titre, à la mélodie entêtante, aux paroles teintées de lyrisme trivial. C’est cette chanson qu’entonne Albert dans les rues de Paris, afin de gagner un peu d’argent auprès des passants appelés à participer. On entre dans le film comme on en sort : par un long et lent travelling qui nous mène vers Paris, des toits à la rue, ou qui nous en sort, de la rue aux toits. A chaque fois, cette chanson résonne à nos oreilles et à celles des passants. Le spectateur pénètre un monde cohérent, constitué par le film, la chanson, la ville de Paris. C’est le premier film parlant du réalisateur René Clair. Et pourtant ! Les dialogues font peu avancer l’action : à peine sont-ils esquissés, et parfois même, le spectateur est interdit d’écoute. On parlerait donc plutôt d’un film chantant.
sous 1Dans cette comédie romantico-burlesque, trois hommes jettent leur dévolu sur une seule femme, Pola, une jeune et belle roumaine. Deux de ces trois hommes, Albert et Louis, sont amis – le troisième est un truand, prénommé Fred. Aussi, toutes les attentions convergent sur Pola, point central de l’action, autour de laquelle se mêlent la convoitise, la jalousie, la séduction et le désir. Et surtout, la virilité. En creux, se pose la question de qu’est-ce qu’être un homme. Ainsi, Albert n’est fondamentalement pas un homme courageux. Pourtant, il devra se battre contre Fred pour conquérir Pola. Tout passe par la démonstration et la transformation de soi, et c’est à qui sera le plus fort. Pola elle-même attise les foudres : « J’aime les hommes courageux », énonce-t-elle. Pour autant, le film ne fait pas état de la violence des relations entre hommes et femmes, mais il montre, par la fulgurance des gestes et des mouvements, la spontanéité et l’immédiateté qui caractérisent l’amour et le désir.sous 2

A ce titre, le film met en valeur une esthétique de l’expressionisme évidente. Dans la mesure où les dialogues ne prennent pas grande place, tout passe par les regards, et ce qui en découle logiquement, soit : le jugement porté sur autrui, l’évaluation des possibilités, la tristesse, la séduction et le désir une nouvelle fois. « Je te défends de la regarder », dit Fred à Albert avec hargne, en parlant bien sûr de Pola. L’obscurité, le noir total qui enveloppe certaines scènes (notamment une scène dans laquelle Pola et Albert se retrouvent dans le même lit) font du spectateur un voyeur, un complice, ou bien encore un intrus. De même quand le spectateur est interdit d’écoute, placé hors de la conversation. Le cinéaste joue avec lui, très Sous 3vraisemblablement ! L’idée du jeu est ainsi ancrée dans le film. Non seulement le cinéaste s’amuse avec le spectateur, mais les personnages tentent de forcer leur destin. Albert et Louis lancent les dés une première fois pour savoir à qui reviendra la chance de séduire Pola. Si Albert gagne d’abord le cœur de la jeune femme, les circonstances de la justice l’enverront ensuite dans les bras de Louis. Rien n’est joué d’avance… Et le film déroule ainsi un petit drame sans prétention, puisque « sous les toits de Paris, c’est comme ça », selon les paroles de la chanson citée plus haut.
sous 4L’expressionisme ne va pas sans une certaine dose de symbolisme, qui complète dès lors la tendance du film à rendre mille fois plus puissante l’image (le « vu ») que les dialogues. Parfois trop évident, voire grossier, quand Fred entrouvre en cachette le sac de Pola pour y dérober la clé de sa chambrette, révélant son intention de façon claire, le symbolisme peut se faire plus poétique. Ainsi, souvent, le réalisateur s’attarde sur les pas (les pieds) de Pola et Albert qui marchent ensemble dans la rue : un moment ils avancent ensemble dans un même mouvement continu, l’instant d’après Pola s’arrête, hésite, revient finalement sur ses pas… La vision de ces pas, et les regards des personnages, doivent nous en dire plus sur l’amour naissant que les dialogues de films plus intensément parlants. Dans le même ordre d’idée, le cinéaste met en valeur les chaussons qu’Albert prépare avec soin avant l’arrivée de Pola, les disposant au pied du lit. Un peu ridicules et naïfs, les chaussons à fourrure contiennent les illusions d’Albert, et son idéal de vie en couple, douillette et tranquille.

La musicalité constante ajoute une dose de charme au film, qu’il s’agisse du chant d’Albert, d’un sifflement, d’une musique extra-diégétique. Il ne faut pas oublier que le film offre au regard une vision d’un Paris populaire, entre rues et pas de portes, chambres de bonnes et comptoirs de café, scènes de bal et lits en fer. Le noir et blanc accompagne une esthétique soignée, capture de la lumière et de l’obscurité, qui met en valeur la romance et la possibilité du bonheur à deux, face aux aléas de la vie – jamais perçus sur un mode tragique, toujours distanciés grâce à l’humour burlesque. Ainsi, « sous les toits de Paris, c’est comme ça » : la ville et la musique sont éternelles, l’amour, quant à lui, passe…

Eloïse B.

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