Semaine de la cinéphilie – Projections à l’IEP

Notre semaine de la cinéphilie a été l’occasion de faire découvrir de nouveaux films et d’importer au sein de l’IEP un peu de la cinémathèque en sélectionnant parmi les séances qui auront lieu lors de la rétrospective Langlois à Paris deux films que ce dernier avait classé. Deux films. Deux genres. Deux époques…

Scarface, de Howard Hawks (1932)

Affiche 44 - ScarfaceScarface est incontestablement l’œuvre la plus représentative du film de gangster. Son héros, Tony Camonte dit « Scarface » inspiré du célèbre Al Capone incarne cette figure mythique du gangster que le cinéma américain exploita dès les années 20 et qui perdurera dans des films contemporains (la série Parrain de F.F. Coppola). Juste après la grande dépression et pendant la prohibition, alors même que les Etats-Unis connaissent un regain de rigorisme moral, les films du genre sont nombreux. Le film d’Howard Hawks se présente comme une biographie, retraçant l’ascension puis la chute d’un caïd. C’est en assassinant « Big Louis », le patron de son supérieur, Johnny Lovo que Tony Camonte découvre les délices du pouvoir et de l’argent : appartements de luxe, peignoir de soie et petite-amie décorative. Indiffèrent au conseil de Lovo, Tony étend son pouvoir aux quartiers Nord de Chicago déclenchant une guerre des gangs. Avec l’aide de son bras droit Rinaldo, Tony va tuer Lovo et contourner la loi. Seul son amour incestueux pour sa sœur Cesca le perdra. La version bien connue de tous de Brian de Palma s’installe, elle, dans le Miami du début des années 80 qui fait face à la montée de l’immigration cubaine, notamment avec l’exode de Mariel (cette expulsion de 125 000 cubains que Fidel Castro considéraient comme contre-révolutionnaire) ; et à l’augmentation du trafic de narcotiques en provenance d’Amérique Latine. Néanmoins, l’intrigue est similaire. Qu’il s’agisse de Tony Montana ou de Tony Camonte, d’Al Pacino ou de Paul Muni, les deux acteurs ont une présence « furieuse » à la caméra. Les deux films vont traiter de la montée puis de la chute de leurs personnages qui vont suivre le même but, THE WORLD IS YOURS !

Vivre sa vie, de Jean-Luc Godard (1962)

Affiche 44 - Vivre sa vie« Il faut se prêter aux autres et se donner à soi-même », écrit Montaigne : ainsi se découvre le point de départ du film de Jean-Luc Godard, Vivre sa vie. Cette vie, c’est celle de Nana, une jeune femme qui, pour survivre économiquement, en vient à se prostituer. Godard, en cinéaste engagé, montre le phénomène de la prostitution dans sa dimension mécanique et froide, en décrivant sans détour la force sociologique de son sujet, métaphore des relations entre les sexes. Pour autant, le film n’est pas dénué d’une poésie de la solitude très marquée Nouvelle Vague, et qui se matérialise dans un noir et blanc épuré, la bouleversante musique de Michel Legrand, et de nombreux gros plans sur le visage tristement songeur de Nana – sublime Anna Karina. Quand Nana pleure au cinéma devant une scène du film La passion de Jeanne d’Arc de Dreyer, l’on découvre la sensibilité exacerbée d’une jeune femme désœuvrée, qui rêve d’un monde où l’on n’aurait pas à parler pour s’exprimer, d’un monde où la vie serait facile. « Est-ce que l’amour ne devrait pas être la seule chose vraie ? », demande-t-elle avec une naïveté paradoxale. La réflexion sur le sens de l’existence, sur la culpabilité de l’être, et le songe du désir de mort, s’installent peu à peu, et accentuent la noirceur du film. En fin de compte, Nana n’aura nullement vécu sa vie, et n’aura été que l’objet de la domination masculine. Elle meurt dès lors, à l’image de Jeanne d’Arc, en incarnant la figure même de l’innocence sacrifiée pour rien.

L’équipe de Bobinophile

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