Jeux Interdits – Retrouver le regard de Brigitte Fossey

Qui a dit que le cinéma se mettait en veille pendant l’été ? Les semaines précédentes nous ont offert des moments savoureux, de la haute-voltige avec Dragons 2 à poésie magique du merveilleux Conte de la princesse Kaguya en passant par des images sidérantes proposées par Jonathan Glazer dans Under the Skin ou encore un huis-clos de luttes et de déchirures bouleversant qui suivait le Procès de Viviane Amsalem (retrouvez tous nos avis sur les films de l’été dans notre newsletter). Ce mercredi 23 juillet, nous courrons évidemment voir Boyhood de Richard Linklater, un film qui pincera le cœur d’une génération tout entière. Mais plus encore que les sorties nationales, l’été 2014 nous régale en ressorties en copies restaurées de certains films incontournables de l’histoire du cinéma. Et ce même mercredi 23 juillet, c’est René Clément (Plein Soleil, Les Félins, Paris brûle t-il ?…) qui fera son retour dans nos salles obscures avec l’irrésistible et bouleversant Jeux Interdits (1952).353183

Si « bouleversant » est un superlatif galvaudé aujourd’hui quand on lit différentes critiques de films, c’est en effet bien celui-ci qui qualifie le mieux Jeux Interdits, diffusé dans les salles françaises en 1952 et continuant jusqu’à aujourd’hui à diffuser son parfum d’innocence et à faire résonner les mots de la toute jeune Brigitte Fossey, appelant désespérément son ami Michel en s’enfonçant dans un monde qui chasse l’enfance brusquement.

046165Seulement quelques années après la fin de la guerre, René Clément y revient avec force et sensibilité à travers les yeux d’une enfant de cinq ans, Paulette, incroyablement habitée par une toute jeune actrice dont le nom se retrouvera des années plus tard au générique des films de Bertrand Blier (Les Valseuses, 1974), François Truffaut (L’homme qui aimait les femmes, 1977) ou encore Claude Sautet (Un mauvais fils, 1980). Au cours des bombardements de juin 1940, dans le centre de la France, les parents et le chiot de Paulette sont tués et l’enfant se retrouve livrée à elle-même, portant la dépouille de son chien en espérant pouvoir l’enterrer afin qu’il puisse reposer en paix. La fillette est alors recueillie par la famille Dollé, une famille paysanne dont leur jeune fils de 11 ans, Michel (Georges Poujouly) se liera de complicité et d’amitié avec elle. Ensemble, ils vont enterrer le chien de cette dernière et entreprendre de construire un cimetière pour les insectes et les petits animaux. Mais ce geste humaniste soulèvera les foudres de la famille Dollé et du village lorsque Michel commencera à voler les croix du cimetière pour les replacer sur les sépultures de ce nouveau lieu de recueillement improvisé.

Cette singulière histoire d’amitié, traversée par les sourires et les larmes de sa jeune héroïne, témoigne d’une générosité rare d’un réalisateur qui s’abandonne à la force des sentiments, accompagné par la composition mémorable de Narciso Yepes, dont le grattement de la guitare berce la douce mélancolie du film. C’est parce qu’il s’insère au cœur de l’enfance que René Clément confère à Jeux Interdits sa part d’innocence dans un monde en ruine face auquel on doit fuir – impressionnante scène d’ouverture sur l’exode rural et les bombardements allemands. Jeux interdits est ainsi une œuvre tragiquement magique, doucement poétique, portée par une puissance émotionnelle désarmante qui redonne espoir à travers ceux qui vivent encore dans la pureté de l’âge et dont l’insouciance enfantine voudrait résister aussi longtemps que possible à la douloureuse invitation du monde des adultes. Mais également, Jeux Interdits peint fidèlement le tableau de la France rurale et des dynamiques de tension qui l’animent (structures familiales, influence de la religion en période de crise et conflits intra-villageois viennent enrichir le fond du film).488033

Jeux interdit fut couronné de nombreux prix, un Lion d’Or à Venise en 1952, le Grand Prix à Cannes la même année et l’Oscar du meilleur film étranger en 1953 et salué tant par la critique que le public, dont près de 5 millions l’auront vu en salle l’année de sa sortie. Autant d’éléments qui peuvent nous encourager à voir, sinon revoir, sans hésiter cette pierre essentielle de l’édifice du cinéma français.

Découvrir la bande-annonce

REALISATION : René Clément SCENARIO : Jean Aurenche, René Clément, Pierre Bost, François Boyer PRODUCTION : Paul Joly, Robert Dorfmann DISTRIBUTION FRANCE (REPRISE) : Sophie Dulac Distribution AVEC : Brigitte Fossey, Georges Poujouly, Lucien Hubert, Laurence Badie… PHOTOGRAPHIE : Robert Juillard COMPOSITEUR : Narciso Yepes ORIGINE : France GENRE : Drame DATE DE SORTIE et RESSORTIE : 9 mai 1952 – 23 juillet 2014 DUREE : 1h25

Guillaume Perret

 

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