Birdman, d’Alejandro González Iñárritu: Coup de théâtre et drôle d’oiseau !

Pauv’ gosse… Lui qui s’attendait à la sortie du nouveau Marvel, il va devoir attendre le second volet d’Avengers et prendre son mal en patience. En revanche Birdman a bien des pouvoirs surnaturels. Rarement un film a évoqué tant de choses et laissé sans voix à la fois. L’image de la météorite au commencement du film, c’est en quelque sorte sa métaphore: un objet brulant venant de nul part quand on s’y attend le moins. Mais à Hollywood on aime l’inattendu… Quatre Oscar, c’est ce qu’a raflé Birdman ou la surprenante vertu de l’ignorance en cette soirée du 22 février 2015. Quel titre étrange ! On se demande un peu ce que l’ignorance fout là-dedans… Néanmoins, le film a bien la surprenante vertu de nous en boucher un coin !

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Première surprise, Michael Keaton en slip, méditant en position tailleur à un mètre du sol. Michael Keaton… Déjà, pourquoi lui ? Le mec n’a pas tourné dans un film marquant depuis les années 90… Tiens, d’ailleurs c’est celui qui incarnait Batman chez Tim Burton en 1989 et 1992. Mais… tiens donc… Batman… Birdman. Vous avez fait le rapprochement ? Le film raconte l’histoire d’un comédien qui a autrefois connu la gloire grâce à un rôle marquant (ce fameux superhéros: Birdman) mais qui est à présent un peu tombé aux oubliettes. Keaton, dans une forme d’autodérision (et avec une aisance qu’on ne peut nier), accepte ainsi de jouer une sorte d’alter ego, Riggan Thomson, qui est par ailleurs sans doute bien plus dérangé que lui. Afin de renouer avec le succès, Riggan met en scène une pièce de Raymond Carver à Broadway dans laquelle il joue.

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Mais tout ceci n’est pas une mince affaire… A ses côtés, sa fille et assistante camée et impulsive (Emma Stone, au top de sa forme) lui en veut de ne pas avoir été un bon père ; un acteur reconnu (Edward Norton, sublime) débarque d’Hollywood, prêt à lui voler la vedette ; une comédienne anxieuse (Naomi Watts, très touchante comme à son habitude) se retrouve dévorée par l’enjeu ; son producteur (Zach Galifianakis, tout autant convaincant qu’en nounours gaffeur) n’a en tête que le nombre d’entrées… Rajoutez à cela une ex-femme toujours attachée, une maîtresse mythomane et une critique bien raide et vous vous retrouvez dans l’univers compliqué de Riggan Thomson. Sans oublier cette grosse voix diabolique qui le hante parfois, celle du Birdman qu’il a été et qui tente de le pousser à reprendre du service. Bien sûr il y a la pièce à jouer, mais à côté de ça, tout le monde à quelque chose à dire, à avouer, à faire comprendre. Et c’est là tout l’enjeu pour Iñárritu: arriver à dégager explicitement ou non ce que chacun possède en lui.

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Ce rythme effréné, cette insolence dans les dialogues, ces baisers surviennent à des moments excitants, évoqueraient presque Woody Allen. Pourtant, personne n’était en mesure de percevoir ne serait-ce que l’ombre du génie de Manhattan sur 21 grammes ou sur Babel. Mais étonnamment, Iñárritu abandonne ici son univers purement dramatique voire sulfureux pour allier comédie, satire, fantastique et profonde réflexion philosophique au risque, parfois, de nous perdre dans les coulisses de son opéra loufoque. D’autre part, la critique de Broadway se rapproche de celle d’Hollywood dans le recent Maps to the Stars. Riggan, l’acteur névrosé, qui craint que le nouvenu venu… d’Hollywood justement, ne lui fasse de l’ombre fait penser à l’actrice qui se réjouit de la mort de sa concurrente incarnée par Julianne Moore dans le film de Cronenberg. On voit de plus les deux personnages s’adonner à la méditation. Quant à l’addiction de la fille Thomson qui enchaîne les pétards, elle est comparable à celle de l’ado star campé par le tout jeune Evan Bird qui est accro à sa boisson favorite chez le Canadien.

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D’un autre côté, on se détache ici parfaitement de n’importe quel autre long-métrage du fait de ce montage – ou plutôt de cet absence de montage – qui fait apparaître le film comme un seul longuissime plan séquence (à l’exception des images de météorite au début et à la fin). Est-ce une prouesse technique ou un effet lourd et sans intérêt ? Le débat pourrait durer des heures mais l’apport des nombreux personnages et l’énergie de la mise en scène classe à cet égard Birdman dans la catégorie des exercices de style réussis. Iñárritu s’impose une contrainte qui a peut-être plus débouchés que de limites (pour ce scénario là en tout cas). Il ne laisse aucun répis à ces personnages, et encore moins à Riggan… C’est lui qu’il torture le plus à travers cette conscience angélique et démoniaque à la fois. Lui, le vieil has-been qui veut se relancer grâce au théâtre d’auteur est sans cesse remis en cause par celle-ci. Résistera-t-il à cette part de son esprit qui tente de lui faire reprendre son envol ?

Au bout du compte, cet ovni cinématographique est extrêmement délicat à décrire ou à classer. En tous cas, il met en parallèle des générations bien différentes – de celle des superhéros à celle de twitter . Mais il confronte également divers modèles – du comédien de Broadway méticuleux à l’acteur hollywoodien qui tient vraiment à avoir une érection sur scène dans un souci de réalisme – et divers styles – le langage cru dans les coulisses et le lyrisme sur scène. L’œuvre tient donc sa pertinence de toutes ces confrontations. Mais l’équation est parfois extrêmement compliquée à déchiffrer. Pas de coupures donc pas de recul. Tout nous est servi d’un coup sur plateau et l’on a par conséquent tendance à gouter à tout sans prendre le temps de digérer (d’autant plus que le Mexicain force parfois sur le piquant). On retiendra quand un même un clair réquisitoire du star system (« La célébrité est la petite cousine partouzeuse du prestige »). Et surtout, on peut saluer le cran d’Iñárritu pour avoir innové de la sorte. Si d’aucuns prétendent qu’ils s’est brulé les ailes, d’autres assurent qu’il plane majestueusement sur le nouvel Hollywood.

F.R.

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